Et pour couronner le tout voici un poème écrit en 1825 découvert en même temps que les deux autres ouvrages, composés en 1863-1864, que nous avons le bonheur de vous offrir, avec l’aide d’Internet associé à Gallica, sous gouvernance de la Divine Providence ….
=========
La Communion de la reine Marie-Antoinette à la Conciergerie, par V.-AlphonseFlayol… -J.-G. Dentu (Paris)-1825 Informations détaillées
- Flayol, Alphonse-V.
=======
En donnant cette pièce au public, je voulais ajouter quelques explications et quelques preuves à !’appui du fait historique qui en est le sujet. Déjà même j’avais rassemblé de nombreux matériaux : mais j’ai senti qu’un pareil travail, qui n’aurait été qu’accessoire dans cet opuscule, devait faire l’objet d’un écrit plus étendu.
J’apprends que l’on s’occupe à recueillir des renseignemens précieux, et que bientôt la religion publique sera entièrement éclairée sur le fait consolant de la communion de la reine.
========
LA COMMUNION DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE A LA CONCIERGERIE.
L’horrible tribunal a porté la sentence ;
Un régicide encore va peser sur la France :
Des juges assassins, armés du fer des lois,
Ont condamné la fille et la mère des rois.
Des vertus de Louis Antoinette est complice ;
Un peuple ivre de sang demande son supplice,
Et presse de ses cris la lenteur du bourreau.
Demain Je vois déjà sur un vil tombereau *,
Pâle, et d’indignes fers tristement enchaînée,
La royale victime à l’échafaud traînée.
=====
* On sait que la reine n’obtint pas même la triste faveur d’être, comme le roi-martyr, conduite à l’échafaud dans une voiture fermée. Elle y fut traînée dans une ignoble charrette, dans le tombereau du crime, comme l’a dit énergiquement Delille
=====
Princes libérateurs, où sont vos étendards ?
La foudre est-elle éteinte au trône des Césars?
O nouvelle Thérèse ! arbore ta bannière,
Montre aux Français ton fils dans les bras de sa mère..
Hélas! à la prière abaissant sa fierté,
Et devant ses bourreaux courbant sa majesté,
En vain elle demande et son fils et sa fille ;
Un vil licteur se place entr’elle et sa famille :
Ils n’ont point échangé leurs pénibles adieux ;
Pars, veuve de Louis, va les attendre aux cieux.
Et les Français muets laissent dormir leurs armes!
Au glaive régicide ils opposent des larmes !
Venez, vous dont le bras n’ose la secourir,
Apprendre le courage en la voyant mourir *.
Venez la contempler : son front est sans couronne :
La reine que l’Europe admirait sur un trône,
Habite d’un cachot l’affreuse obscurité ;
D’homicides vapeurs ce séjour infecté
Mêle ses noirs poisons à l’air qu’elle respire.
Une lampe, dans l’ombre où sa lueur expire,
====
* On suppose ici que la reine reçut la communion le jour même de sa mort, quoique cette scène touchante ait eu lieu dans les premiers jours du mois d’octobre. Il était aussi permis de modifier quelques autres circonstances accessoires ,qui n’altèrent pas le fait principal
====
Seule veille en ces lieux comme sur des tombeaux.
La pourpre a disparu sous de tristes lambeaux :
Indignes ornemens de son royal veuvage.
Lorsqu’immolant un roi, dans son aveugle rage
La France outrage encore ses restes sans cercueil,
L’Artémise chrétienne est fidèle à son deuil ;
Mais l’urne sainte manque à sa douleur amère.
Versailles! ô souvenir d’une gloire éphémère!
Rien ne rappelle ici ton auguste splendeur :
Legs pieux de Louis, la croix d’un Dieu sauveur,
D’une autre royauté noble et Sanglant emblème,
De la reine martyre est le trésor suprême ;
Seul bien qu’ait épargné la pitié des bourreaux.
Le doux sommeil pour elle a perdu ses pavots :
Cette épouse des rois, dont la couche féconde
Promit des héritiers aux monarques du monde,
Presse un grabat impur de ses membres flétris.
Ses traits qu’embellissaient les grâces et les ris,
Languissent, et ses yeux s’éteignent dans les larmes ;
Sur ce front où brillaient tant d’éclat et de charmes,
La mort empreint déjà son austère pâleur.
Rien ne permet le calme à sa sainte douleur ;
Sans cesse des geôliers la cohorte farouche,
La rage dans les yeux, le blasphème à la bouche,
De ses longs cris de mort troublant ce noir séjour,
Appelle à l’échafaud les victimes du jour ;
Nouveau tribut qu’on offre aux Dieux de la patrie !
Dans ces murs, seuls témoins des larmes de Marie,
Qui pourra consoler cette veuve d’un roi ?
Edgeworth de Louis vint soutenir la foi,
Lui porta des chrétiens le viatique auguste,
Sur l’échafaud sanglant accompagna le juste ;
Lui montrant un refuge au sein de ses aïeux,
D’une voix inspirée il lui promit les cieux.
Et sous l’oeil des tyrans, la reine infortunée,
Seule, dans un cachot, languit abandonnée.
Si l’Europe l’admire et la laisse périr,
N’est-il plus d’ange aux cieux pour l’aider à mourir?
Mais comme sans remords son coeur est sans alarmes ;
Sa plainte résignée expire dans ses larmes ;
Sur la pierre, à genoux, le front humilié :
« Dieu des rois et du pauvre, ô Dieu crucifié,
« Dit-elle, à tes douleurs égalant ma souffrance,
« Puis-je près de ta croix mourir sans espérance? »
Et calme elle priait Mais quel effroi soudain!
Les deux gonds ont gémi sous les portes d’airain ;
(C’était l’heure propice où régnent les ténèbres) :
Un pas furtif frémit sur les marches funèbres
Bonheur inespéré! tel qu’un ange des cieux,
Une vierge timide *
apparaît à ses yeux.
Son zèle a su franchir ces épaisses murailles :
Jeune fille étrangère aux pompes de Versailles,
Elle a connu la reine en ses jours de malheur.
Ses modestes attraits, sa naïve candeur,
Ses pleurs, sa douce voix, sa beauté suppliante
Ont fléchi des geôliers la pitié chancelante ;
L’or par ses soins pieux en leur sein répandu,
Séduit innocemment leur barbare vertu ;
Dans leur coeur sans amour faisant taire la haine,
Elle achète l’honneur de consoler sa reine.
Sous l’habit d’un guerrier, saintement emprunté,
Un prêtre** l’accompagne en ce lieu redouté.
Avec son Dieu proscrit chassé du sanctuaire,
A ce Dieu sans autel il offre sa prière.
Ses jours pleins de vertus sont promis à la mort ;
Mais fier de conquérir la gloire d’un tel sort,
=====
* MlleFouché, femme du peuple, dont le pieux dévouement consola tant d’infortunés.
** M. Charles Magnin, aujourd’hui curé de la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois. Dans nos jours de malheurs, secondé par le zèle de Mlle Fouché, il pénétrait dans les cachots, sous divers déguisemens, et portait les secours de son ministère à ceux qui n’avaient plus rien à espérer des hommes.
=====
Prodiguant les dangers à son zèle intrépide
Armé de la croix sainte ainsi que d’une égide,
Nouveau Cyrille, il va de cachots en cachots
Consacrer les martyrs qu’attendent les bourreaux.
Sous ses lambeaux obscurs, sous sa pesante chaîne,
La vierge et le saint prêtre ont reconnu la reine.
Ils venaient consoler ses augustes malheurs ;
Mais leurs yeux attendris ne trouvent que des pleurs.
De respect et d’amour pieux et tendre hommage !
Quand d’indignes sujets lui prodiguent l’outrage,
Quand la France regarde, en son muet effroi,
Traîner à l’échafaud l’épouse de son roi,
Pour deux coeurs vertueux que son malheur honore,
Sans bandeau, sans couronne,.elle était reine encore.
Ce spectacle touchant a calmé Sa douleur.
Reine, elle vit souvent aux jours de sa grandeur,
Une cour idolâtre à ses pieds prosternée ;
Et devant le saint prêtre humblement inclinée :
« Ange libérateur, ministre de mon Dieu,
« Vous que sa main, dit-elle, a conduit en ce lieu,
« D’un front encore impur détournez l’anathême :
« Présentez-moi sans tache à mon juge suprême ;
« Devant son tribunal je parais aujourd’hui ;
« Purifiez ce coeur bientôt, jugé par lui
« Qu’à la voix de son prêtre un Dieu même pardonne.
« Louis sur l’échafaud, comme du haut d’un trône,
« D’un sublime pardon légua l’exemple aux fois ;
« La clémence d’un Dieu descendit de la croix :
« De mon Dieu, de Louis j’imite la clémence ;
« J’implore mon pardon, et pardonne à la France. »
Au pontife attendri la reine ouvre son coeur,
Asile de vertus qu’épura le malheur.
Le saint prêtre admirant l’illustre pénitente,
Apaise les terreurs de cette âme innocente,
Imprime sur son front l’auguste sacrement,
Où le pieux ministre, au nom d’un Dieu clément,
Entre l’homme et le ciel médiateur sublime,
Echange le pardon contre l’aveu du crime.
« Captive, lui dit-il, ce jour brise vos fers ;
« Votre lutte s’achève, et les cieux sont ouverts.
« Sous les coups de la mort renaissez à la vie :
« Au banquet des élus Dieu même vous convie,
« Et du pain des vivans j’accours pour vous nourrir.
« Demandez à ce Dieu la grâce de mourir
« Digne de votre époux, en héroïne, en reine,
« En fille des Césars, et surtout en chrétienne.
« Cette couche sanglante où le juste s’endort,
« L’échafaud que Louis consacra par sa mort,
« Garde à vos saints combats la palme du martyre.
« Partez, reine captive, et dans un autre empire
« Remontez sur un trône auprès de votre époux. »
Le pâle effroi veillait sous ces tristes verroux ;
L’espérance y sourit : comme pour une fête
La reine triomphante au supplice s’apprête.
Joyeuse elle a quitté ses vêtemens de deuil ;
La vierge d’un lin pur la pare avec orgueil :
On la croirait encore vers un trône amenée,
Et pour l’affreux trépas la victime est ornée !
Le prêtre se prépare aux mystères divins ;
La fille des Césars de ses royales mains
Elève avec respect l’autel du sacrifice.
(Et dans le même instant, pour l’horrible supplice,
Peut-être d’autres mains dressent un autre autel !}
Hélas! on ne voit point le ministre du ciel,
Comme aux jours oubliés de la foi triomphante,
Marcher sous les longs plis de la pourpre éclatante :
Les lambeaux réparés d’un triste vêtement
Prêtent au saint pontife un grossier ornement.
La croix seule embellit ce temple solitaire.
On ne voit point l’encens, que suit l’humble prière,
Des parvis consacrés s’élever vers les cieux ;
On n’entend point le prêtre, en chants mystérieux
Du Dieu de l’univers proclamant les louanges,
Mêler sa voix mortelle aux cantiques des anges.
Dans les temples détruits le ciel n’a plus d’échos ;
La prière tremblante habite les cachots.
Quand, maîtresse du monde, esclave d’une idole,
Rome de dieux impurs peuplait son Capitole,
Dans l’Olympe agrandi, parmi tant d’Immortels,
Seul ainsi le vrai Dieu ne comptait point d’autels.
Les chrétiens refoulés au sein des catacombes,
Enfans d’un dieu proscrit, l’adoraient sur des tombes,
Et près du cirque affreux trop tardif à s’ouvrir,
Se cachaient pour prier, paraissaient pour mourir.
Jours de honte et de gloire ! ainsi Rome payenne
Léguait son noir délire à la France chrétienne ;
Ainsi l’impiété faisait d’un même lieu
Le cachot d’une reine et le temple d’un Dieu.
Le prêtre a commencé l’auguste sacrifice,
Où l’homme immole un Dieu pour rendre un Dieu propice.
Abîme de grandeur et mystère d’amour !
Le Christ qui ne meurt plus, renaissant chaque jour,
Pour nos crimes nouveaux s’offre encore à son père.
Le moment est venu, le prodige s’opère !
Devant l’arche enflammée où le Verbe est assis,
Les anges ont voilé leurs regards éblouis ;
Les Choeurs ont répété le sublime cantique ;
Le prêtre a prononcé la parole mystique.
Dieu de son trône auguste abaisse la hauteur :
Soudain le vin se change en son sang rédempteur,
Et ce pain qui n’est plus en sa chair adorée.
Le pontife tremblant prend la coupe sacrée ;
Il implore à genoux, saisi d’un saint effroi,
Ce Dieu caché, visible aux regards de la foi.
Les anges attentifs en ces momens sublimes,
Dans ce réduit obscur contemplent deux victimes :
L’une pour s’immoler a descendu du ciel,
Et l’autre à l’échafaud va trouver un autel.
De bonheur et d’amour la reine impatiente
Offre au divin calice une lèvre brûlante.
Son front où le bonheur rappelle la beauté,
Rayonne d’espérance et d’immortalité.
Ineffables désirs ! saints transports ! chaste flamme !
Pieux ravissemens! douce extase de l’âme!
Elle appelle déjà d’un regard plein de feu
L’échafaud de Louis et la croix de son Dieu.
On dit que descendus dans des flots de lumière,
Des anges entouraient l’auguste prisonnière ;
Les mobiles reflets de leurs aîles d azur
Inondaient le cachot de l’éclat le plus pur
Au milieu d’eux, le front brillant d’un doux sourire,
Son époux lui montrait les palmes du martyre,
Et le chemin sanglant qui l’a conduit aux cieux.
Du spectacle divin témoins religieux,
La vierge et le saint prêtre admiraient en silence.
Dans le donjon funèbre où gémit leur enfance,
Peut-être en ce moment deux jeunes orphelins
Élevant vers le ciel leurs innocentes mains,
Et de larmes baignant leur couche solitaire,
Pleuraient encor Louis, et priaient pour leur mère !
Mais dissipant la nuit, déjà l’astre du jour
De ses rayons vainqueurs éclaire ce séjour;
Déjà, fendant les flots d’un peuple sacrilège,
S’approche aux cris de mort l’effroyable cortège ;
On attend la victime, et les bourreaux sont prêts :
Les anges du triomphe achèvent les apprêts.
Vierge, prêtre, fuyez cessez divin mystère ;
Reine, allez dans les cieux finir votre prière.