Communion de la Reine Marie-Antoinette à la Conciergerie (2)

Nouvelles preuves de la communion de la reine Marie-Antoinette à la Conciergerie, par N.-M. Troche,… -impr. de Divry (Paris)-1864 Informations détailléesAfficher le texte brut 
Troche, Nicolas-Michel (1789-18..)

===

Le préjugé, cette disposition intellectuelle sur  laquelle sont trop souvent fondées les opinions émises par la plupart de nos écrivains modernes, n’est autre chose qu’une opinion formée ou adoptée, soit individuellement, soit collectivement, avant que d’avoir été jugée par la voie des recherches, du raisonnement, ou d’avoir fait quelques efforts pour conquérir la vérité.

Ainsi, le touchant et pieux événement de la communion de la reine de France Marie-Antoinette pendant sa captivité à la Conciergerie, était un fait qui, ayant échappé à de consciencieuses investigations, se trouvait assez généralement mis en doute, ou contesté, avant la publication dans le journal le Monde (31 mars 1863) de ma lettre, où j’ai déroulé toutes les circonstances positives de cette scène chrétienne, et j’aime à penser que la clarté des preuves et la fidélité du tableau auront frappé des intelligences en retard ou encore indécises.

Cependant, en ce moment où des plumes logiques et essentiellement judicieuses ont entrepris avec succès de réhabiliter l’auguste martyre, si indignement outragée et calomniée par le jacobinisme ou par des démocrates exaltés, il nous paraît utilement nécessaire d’appuyer par de nouvelles preuves la réalité de cette cérémonie sainte, accomplie dans un lieu terrible, par une reine demandant à Dieu la force et la résignation pour supporter sa situation présente.

Ainsi donc, pendant longtemps, on n’a parlé du fait de cette communion de la reine captive qu’avec une réserve discrète ou dubitative, tout en conservant pour M. l’abbé Magnin, le digne confesseur de cette princesse infortunée, tout le respect dû à son caractère sacré, et la haute considération dont il a joui jusqu’à sa fin, et qui lui survit. Il n’y avait donc là que de la prévention. Or, cette prévention, qui est un diminutif du préjugé, a eu pour cause l’extrême circonspection du vénérable prêtre à ne point se prévaloir de cet acte de dévouement, qui fut précédé et suivi de beaucoup d’autres ; puis son sentiment inné de convenance et d’humilité.

Le seul publiciste qui, évidemment, dans un but d’intérêt privé, a osé, par la presse, accuser de faux le digne confesseur de la reine martyre, est un prêtre apostat ; faussaire historique lui-même, ainsi que nous l’avons déjà prouvé et qu’on va le revoir.

Lafont-d’Auxonne avait une conduite qui, comme prêtre, lui mérita des reproches et lui fit quitter le sacerdoce pour se faire littérateur et industriel. On peut dire ici, sans blesser la charité, qu’il jouissait d’une mauvaise réputation. Impliqué dans un procès de testament argué de faux, concernant les frères Michel, banquiers à Paris, il y figura comme témoin. C’est dans cette circonstance qu’on citait alors ce dialogue échangé entre lui et le magistrat instructeur :  » Votre état ? -Jadis prêtre; aujourd’hui, fabricant de bleu de Prusse ! – Àh! j’ai toujours cru et je crois encore que le caractère sacerdotal est indélébile. » Lafont-d’Auxonne mourut dans l’isolement à Paris en 1849. (Biogr. gén. de Didot, t. 28 ; col. 764.)

Et voilà l’homme qui osa attaquer dans leur honneur l’abbé Magnin et Mlle Fouché, son introductrice dans la Conciergerie. A l’appui de son assertion il a invoqué parmi tous les témoignages, qu’il a rédigés lui-même et qui portent le caractère évident de la fausseté, celui de la dame Bault, veuve du concierge de la prison, qui le désavoua implicitement dans une lettre qu’elle écrivit à M. Magnin et publiée par Achaintre, p. 451 de son Histoire de Marie-Antoinette. Au reste, voici le jugement que porte de ce prêtre rebelle M. de Lescure : « Lafont était un peu fou, comme on l’a vu plus tard, et il est bien difficile de faire leur juste part à la vérité et à l’imagination dans son livre, qui contient néanmoins des documents précieux. » (La vraie Marie-Antoinette, p. 198.)

La négation de l’acte de dévouement de M. l’abbé Magnin se fondait principalement sur l’impossibilité absolue de l’introduction des prêtres dans cette prison de la Conciergerie, qui touchait au tribunal révolutionnaire, d’où les juges, en se mettant à la fenêtre de leur salle de délibérations, marquaient de l’oeil les accusés qui circulaient dans les cours : impossibilité qui se rattachait aux prêtres insermentés.

La preuve formelle que cette impossibilité  n’a point été absolue, comme on l’a avancé quelquefois sans examen, résulte des témoignages que j’ai recueillis avec soin, et que je vais donner ici, pour confirmer d’une manière incontestable ce que j’ai publié dans ma lettre précitée.

La possibilité de l’introduction secrète d’un prêtre dans la prison, ressort d’abord du caractère d’humanité et de prévenance des concierges, secondés par quelques affidés dans leurs services. Presque tous les historiens consciencieux de la reine martyre sont unanimes pour constater les soins, les sollicitudes dont les époux Richard et Bault, concierges successifs, entourèrent leur auguste prisonnière. Et, pour prouver cette circonstance, il me suffit de renvoyer mes lecteurs aux chapitres 6 et 7 de l’Histoire de Marie-Antoinette, par Achaintre ; puis au récit de Rosalie, servante des dits concierges, publié par Lafont-d’Auxonne, et reproduit par M. Emile Campardon, dans son livre: La Reine à la Conciergerie. Toutefois, je dois faire observer que cette humble fille de la campagne étant illettrée, et sa déclaration ayant probablement été rédigée par Lafont-d’Auxonne, on ne doit, malgré son exactitude apparente, ne s’y arrêter qu’avec une certaine réserve.

Je pourrais, sur la magnanimité des concierges, donner ici beaucoup d’attestations ; mais je dois me borner aux courtes citations suivantes :

« Tandis que la Reine était à la Conciergerie, « nous avions la triste consolation d’avoir de ses « nouvelles à peu près tous les jours. La femme du concierge, appelé Richard, était notre intermédiaire auprès de cette princesse. » (Souvenirs de la marquise de Créquy, tome VIII, page 147.) « M. et Mme Bault, concierges de la prison de la Force, furent nommés à la Conciergerie pendant la détention des époux Richard. Lorsque ceux-ci sortirent de prison et reprirent leurs fonctions, Bault et sa femme retournèrent à la Force. Dans cette prison et dans celle de la Conciergerie, M. et Mme Bault se firent aimer des détenus parleur humanité. » (Em. Campardon, Marie-Antoinette à la Conciergerie, page 132.) (1)

« Son gardien (de la Reine), nommé Barrasin, qui faisait dans cette prison (la Conciergerie) son ban de galérien, à la condition d’espionner les détenus, et même le concierge, eut plus d’égards pour elle que n’en avait eu le geolier du Temple. >>(Dictionnaire historique de F.-X. de Feller. Tome VIII, p. 490. Em. Campardon ; L. C, p. (91.)  « Le concierge fut plus humain que les officiers municipaux, pendant les soixante-quatre jours qu’elle resta à la Conciergerie ; elle reçut de lui tous les adoucissements qu’il put lui donner. » (Gallois, continuateur de l’Histoire de France, d’Anquetil ; tome I », page 408.)

Enfin, MM. E. et J. de Goncourt constatent « la miséricorde de Richard, soutenue et enhardie par l’approbation muette et l’appui secret de quelques officiers de la municipalité, qui trompaient les ordres de Fouquier-Tinville. » (Histoire de Marie-Antoinette, page 404.)

(1) Ce jugement de l’honorable historien confirme ce que j’ai pu apprécier du caractère de bonté et de franche effusion qui distinguait la dame Vve Bault, lorsqu’elle donnait les curieux détails que l’honorable abbé Hugues, ancien curé de Sainte-Valère, chanoine honoraire de Paris, et moi, avons entendus, de sa bouche même, chez M. Magnin, où nous l’avons vue souvent.

Or, d’après des témoignages aussi positifs de cette disposition continuelle à la bienveillance et à la compassion, on peut rationnellement conclure que les concierges, témoins habituels des vertus angéliques et de la résignation de l’auguste captive, furent les agents directs qui, sous le voile du mystère et avec la coopération secrète des officiers dont parlent MM. de Goncourt, préparèrent l’accomplissement de cette oeuvre de consolation et de pieuse charité, dont nous allons donner ici de nouvelles preuves de la réalité.

Deux ans avant la publication du premier pamphlet de Lafont-d’Auxonne, l’abbé de Feller parlait en ces termes de l’abbé Magnin, sans le nommer, il est vrai, mais en le désignant de manière à le faire aisément reconnaître :  » On assure qu’un ecclésiastique fidèle était parvenu jusque dans sa prison et lui avait apporté les secours et les consolations de son ministère. Ce prêtre, que la voix publique désigne assez généralement, qui a reçu des marques de la reconnaissance de la famille royale depuis 1814, occupe dans une des paroisses de Paris un poste honorable et mérité à bien des titres. Au reste, il a tellement enveloppé son héroïque dévouement du voile de la modestie, qu’il nous a été impossible d’apprendre des détails à ce sujet. » (Dictionnaire historique, tome VIII, art. MARIE-ANTOINETTE.)

Voici maintenant ce que dépose M. le vicomte Walsh: « L’héroïque veuve de Louis XVI a eu pour soutien dans son cachot la religion ; et c’est à tort, nous avons de bonnes raisons de le croire, que l’on avance que les secours spirituels du catholicisme lui avaient manqué à ses derniers moments ; je tiens de M. l’abbé Magnin, curé de Saint-Germain-l’Auxerrois, que, pendant la captivité de Marie-Antoinette à la Conciergerie, il avait trouvé le moyen, à l’aide de catholiques fervents, de pénétrer sous le nom de Charles, et revêtu de l’uniforme de garde national, dans le cachot de la Reine, de lui dire la messe, et, de ses propres mains, de lui donner la sainte communion. Quelques doutes avaient été élevés à cet égard ; l’assertion formelle du saint prêtre que je viens de nommer a effacé de mon esprit toute espèce d’incertitude ; aussi je n’ai pas hésité, dans les Journées mémorables de la Révolution française, de répandre cette divine consolation sur les derniers moments de l’auguste et royale victime du 16 octobre. » (Encyclopédie cath., tome XIV, page 290.)

M. l’abbé Gosselin, ancien supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, dans la Vie de son vénérable prédécesseur, M. l’abbé Emery, tome Ier, page 362, a écrit ce qui suit, que nous consignons ici avec la note confirmative qui se trouve au bas de la même page: « Plusieurs témoignages dignes de foi nous apprennent que M. Emery eut aussi, dans sa prison, quelques rapports avec la reine Marie-Antoinette, et qu’il fut même assez heureux pour lui procurer le bienfait de l’absolution sacramentelle. On sait que cette princesse, pendant sa réclusion à la Conciergerie, refusa constamment de recourir au ministère des prêtres schismatiques ; mais il paraît certain qu’elle réussit en plusieurs occasions à se procurer les secours de la religion de la main de quelques prêtres catholiques (1),  et entre autres de celles de l’abbé Magnin, qui devint plus tard curé de Saint-Germain-l’Auxerrois. »

Dans un triste et repoussant ouvrage, évidemment apocryphe, publié récemment pour amorcer la curiosité publique sous ce titre étrange : Mémoires de la famille Sanson, l’exécuteur des hautes oeuvres de la Cour de Paris y donne aussi un témoignage de l’intervention de l’abbé Magnin à la Conciergerie : témoignage d’autant moins irrécusable qu’il aurait été pris, ainsi que le déclare l’auteur de ces Mémoires, sur les notes archivistiques de son ancêtre, de celui-là même qui consomma le sacrifice de la reine martyre.

(i) Ce fait, au sujet duquel on a élevé des doutes, parait néanmoins solidement établi par des témoignages irrécusables, ainsi qu’on peut le voir dans les ouvrages suivants : Histoire de Marie-Antoinette, par Montjoie, page 513 – Etudes critiques sur les Girondins, par Nettement, page 245. – Ami de la Religion, tome II, page 11 ; tome VII, page 53; tome IX, page 335, et tome CXIX, page 532.

Voici donc ce qu’on lit à la page 236 du tome IV : «La Reine avait prévu qu’on ne permettrait pas à un prêtre de l’Eglise romaine de lui apporter les suprêmes consolations de la religion ; elle s’en était inquiétée, et un membre non assermenté du clergé, l’abbé Magnin, qui, du temps de Richard, avait pénétré à la Conciergerie, lui avait promis de se trouver, le jour du supplice, dans une maison de la rue Saint-Honoré, et de laisser tomber sur sa tête cette absolution in extremis pour laquelle l’Eglise a remis tous ses pouvoirs aux plus humbles de ses ministres. Le numéro de cette maison avait été désigné à Marie-Antoinette, et c’était elle qu’elle cherchait ; elle la trouva, et alors, à un signe que seule elle pouvait comprendre, ayant reconnu le prêtre, elle baissa le front, se recueillit et pria ; puis un soupir d’allègement souleva sa poitrine et on vit un sourire sur ses lèvres. »

Si, comme on l’a vu ci-dessus, l’introduction de l’abbé Magnin dans la prison de la Conciergerie est un fait désormais indubitablement certain ; si le fait de la communion donnée par lui à la Reine est reconnu parfaitement exact, il n’en est pas de même si on s’arrête à l’assertion de M. H. Sanson, au sujet de la bénédiction in articulo mortis, qui, en effet, a été donnée à l’auguste victime sur le chemin de la mort , mais par une autre main que celle de l’abbé Magnin.

Dans l’ouvrage intitulé : Souvenirs de la marquise de Créquy, et réputé apocryphe, bien qu’il soit d’une minutieuse exactitude historique dans les faits qu’il renferme, on lit à la page 251 du tome VIII: « L’abbé du Puget s’était placé sur le passage de la Reine, à l’angle de la rue Royale et de la place Louis XV, afin de l’absoudre in articulo mortis, avec indulgence appliquée sur une relique de la vraie croix. On avait trouvé moyen d’en faire prévenir Sa Majesté ; mais comme on avait omis de lui dire que cet aumônier du feu roi se placerait du côté gauche, au-dessous du Garde-Meuble, et comme cette princesse avait le dos tourné de ce même côté ( parce qu’on l’avait fait asseoir sur un banc qui était en longueur de la charrette, et non pas en travers) , elle avait commencé par regarder devant elle et du côté de l’hôtel de Coislin ; mais n’y reconnaissant personne, elle avait précipitamment retourné sa tête, et son visage éclata d’une sainte joie quand elle aperçut la vénérable figure de M. du Puget, qui s’était fait monter sur un talus de pierres, et qui lui fit voir un crucifix en lui donnant l’absolution. »

Je dois encore, sans sortir de mon sujet, relever une autre grave erreur échappée à l’historien Sanson : Il dit (tome IV, p. 232) que l’abbé Lothringcr, prêtre assermenté, assista la Reine à la mort, lorsqu’il est notoirement positif que ce fut l’abbé Girard, curé de Saint-Landry et vicaire général de l’évêque constitutionnel Gobel, désigné à cet effet par la Convention nationale. Or, c’est Philippe-Egalité, duc d’Orléans, et non la Reine, que l’abbé Lothringer, aussi vicaire-général de Gobel, accompagna au supplice, en vertu d’une permission de Fouquier-Tinville. Cela résulte d’une lettre écrite par ce prêtre alsacien à l’abbé Sicard, directeur des Sourds-Muets, à sa sortie de la prison, où il avait été mis pour avoir rétracté son serment de 1791, lettre pleine de détails qui se trouve dans les Souvenirs de Mme de Créquy, tome VIII, page 200.

Par de nouvelles recherches, je pourrais sans doute ajouter encore d’autres preuves à celles évidentes réunies ci-dessus, mais je veux terminer ici ma démonstration consciencieuse par la lettre suivante, qu’a bien voulu m’adresser, le 31 octobre dernier, un très-honorable magistrat de Paris, enfant de la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois :

« Monsieur, j’ai lu avec intérêt votre notice sur feu M. l’abbé Magnin et sur sa présence à la Conciergerie, en 1793, près de la reine Marie-Antoinette. Vous y rappelez que ce fait a été vivement contesté ; mais vous pensez fort justement qu’il suffit pour l’établir de l’affirmation même de M. Magnin, homme éminemment honorable, que nous avons longtemps connu, estimé et vénéré, lorsqu’il était curé de Saint-Germain-l’Auxerrois, et dont on peut dire que la vie profondément chrétienne ne s’est jamais un seul instant démentie. Vous mentionnez à ce sujet des paroles qu’il a prononcées en chaire et qui avaient, sur ce point, toute la précision désirable. Je puis y ajouter le souvenir d’une autre déclaration semblable, à laquelle j’ai assisté, et qu’il peut vous être agréable de connaître. Un 16 octobre, comme tous les ans, sous la Restauration, on célébrait un service funèbre en l’honneur de la Reine, et on y lisait en chaire la dernière lettre écrite par elle de la Conciergerie. Quelques expressions de cette lettre, dans le but sans doute de prévenir des persécutions, écartent l’idée qu’un prêtre insermenté ait pu approcher de la Reine. M. Magnin, après en avoir donné lecture, a dit: « Nous avons, mes Frères, la consolation de vous annoncer, malgré les termes de cette lettre, que la Reine a eu le bonheur de recevoir les secours de la religion. » Rien n’a été dit au delà, et je crois pouvoir affirmer que ce sont là textuellement les paroles qui ont été prononcées. Jamais, du reste, dans la conversation du monde, je n’ai eu l’occasion d’entendre M. Magnin faire allusion à cet évènement. Je pense que c’était de sa part sentiment de convenance et esprit habituel d’humilité. Veuillez agréer, etc. »

Arrivé à la conclusion de cet humble, mais utile travail, je déclare que mon unique but a été de me mettre en libre communication avec mes lecteurs, sans avoir la prétention de les endoctriner, mais bien de leur prouver clairement que l’erreur ou le préjugé, qui faisait nier ou mettre en doute que la reine captive ait pu recevoir à la Conciergerie les secours de la religion, était uniquement basée sur le manque d’examen, et que, sans trop d’amour-propre ou sans affecter une fausse modestie, j’ai la conviction d’avoir fixé la vérité, et enfin que ce pieux incident ne pourra plus être révoqué en doute, car la réunion de tant d’honorables témoignages présente une autorité si haute, que rien ne serait croyable, si elle ne l’était pas.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.